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Allocution de la Sœur Visitatrice
Chères Sœurs,
Je suis vraiment contente de vous retrouver.
Contente que nous soyons réunies ensemble, et surtout dans des moments de paix. Car aujourd’hui, la paix n’est jamais acquise. Elle est un don, mais aussi un combat quotidien.
Cette année est une année bénie. Je l’ai déjà dit, et je le redis avec conviction : c’est une année d’espérance. Espérance de jours meilleurs. Espérance de paix, de fraternité, de sécurité. Et cette espérance, nous la portons souvent sans même y penser, dans notre cœur et dans notre prière. Comme le dit saint Paul aux Romains : «L’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5,5).
Noël, fête de l’Emmanuel, « Dieu avec nous », résonne cette année avec une profondeur particulière après la visite pastorale du Saint-Père au Liban. Ses paroles, prononcées sur notre terre éprouvée, ont été comme une annonce renouvelée de l’espérance incarnée.
En nous inspirant de ses enseignements, nous retenons surtout l’appel à être des « artisans de paix » (Mt 5, 9), ancrés dans la prière et ouverts à l’autre. Le Pape nous a invités à reconnaître « les petites lumières qui brillent au cœur de la nuit » — ces germes d’espérance que sont la foi simple des familles, le dévouement des éducateurs, l’accueil des blessés de la vie et la coexistence fraternelle entre communautés. Ces lumières, nous nous engageons à les nourrir par notre vie toute donnée.
Chacune de nous porte des intentions très profondes, pour que nos pays se relèvent, pour qu’ils retrouvent leur dignité, leur honneur, leurs valeurs humaines, pour qu’ils redeviennent des lieux de convivialité, de respect, de vie.
Dans chacun de nos pays, nous aspirons à cette paix et à cette stabilité. Et nous travaillons pour cela. Nous travaillons en vivant et en transmettant des valeurs humaines, surtout auprès des jeunes. Comme nous le rappelle le Pape François dans Fratelli tutti, n° 225 : « La paix est un artisanat : elle se construit chaque jour, avec patience, avec persévérance »
Nous avons une belle mission. Une mission noble. Que ce soit :
• l’éducation de la jeunesse,
• le service des malades,
• l’accompagnement des personnes pauvres,
• La présence auprès des prisonniers,
• Le travail dans les centres médico-sociaux…
Le Seigneur nous a fait confiance. Il nous a appelées à être ses ambassadeurs sur la terre.
Et cela demande que nous soyons conscientes de la dignité de notre vocation. Sommes-nous vraiment conscientes de la noblesse de ce que le Seigneur nous confie, jour après jour, souvent dans des choses très ordinaires ?
Saint Vincent de Paul nous avertissait avec réalisme :
« Ce n’est pas assez d’aimer Dieu, si le prochain ne l’aime pas » (SVP).
Notre mission n’est pas ailleurs. Elle est dans la rue, dans le quartier, dans la ville, dans le village, dans la paroisse. Elle est aussi au cœur de nos communautés.
Et surtout, elle est dans le quotidien, dans les détails, dans les relations, même — et peut-être surtout — avec celles et ceux qui sont difficiles, agaçants, pénibles.
Saint Vincent nous le rappelait avec humour et sagesse : « Tournez la médaille. » Regardez l’autre face. Cherchez le visage du Christ, même — surtout — là où il est le moins aimable.
Quelqu’un nous a dit un jour — et cette parole m’habite encore :
Aujourd’hui, vous êtes responsables de l’espérance.
Responsables. Pas propriétaires.
Responsables, par notre manière d’être, de parler, d’agir.
Le Saint-Père, lors de sa visite au Liban, nous a redit avec force :
« N’ayez pas peur ». N’ayez pas peur :
• D’aimer,
• De pardonner
• De faire confiance,
• D’inventer.
Sans naïveté, bien sûr. Mais avec une foi adulte.
Il nous a dit aussi quelque chose de très fort :
« Notre foi est une ancre dans le ciel » (cf. He 6,19).
Une ancre invisible, mais solide.
Alors oui, parfois la mer est agitée. Parfois les tempêtes sont violentes. Mais l’ancre tient.
Que faisons-nous alors ?
Nous nous accrochons à la corde. Et nous avançons.
Si nous voulons construire la paix, ancrons-nous dans le ciel.
Orientons fermement notre vie vers le Christ. Aimons sans peur de perdre ce qui est passager.
Donnons-nous sans mesure.
Une petite histoire de l’espérance
Dans un village détruit par une tempête, tout semblait perdu. Les maisons étaient en ruine, les champs dévastés, et les gens disaient :
— Cela ne sert plus à rien de recommencer.
Un matin, un homme planta un petit arbre au milieu des décombres.
Quelqu’un lui demanda : Pourquoi planter aujourd’hui ? Tu ne verras jamais ses fruits.
Il répondit :
— Je le plante pour que le village n’oublie pas qu’il peut encore pousser.
L’espérance ne garantit pas le résultat. Elle ouvre l’avenir.
Sainte Louise de Marillac nous le disait avec douceur et fermeté :
« Faites votre petit possible en grande paix et tranquillité, et laissez Dieu faire le reste. »
Le Saint-Père nous a laissé un message très simple et très exigeant :
« Priez là où vous vivez et là où vous travaillez. »
Créez un climat fraternel. Apprenez à vous faire confiance. Soyez inventives.
C’est ainsi que chaque personne qui vient à nous — pauvre, malade, jeune, blessée — repartira fortifiée. Fortifiée par un regard. Par un geste. Par une parole.
Et à travers nous, elle entendra peut-être cette voix intérieure :
Je suis avec toi. Je t’aime. Tu comptes pour moi.
Chères Sœurs,
Dans le cadre de notre vie fraternelle, je souhaite vous rappeler quelques points essentiels pour préserver l’harmonie et la qualité de notre vie communautaire et de nos échanges fraternels. Essayons de compter sur les lumières de l’Esprit Saint et faisons confiance à la Providence Divine. Soyons toujours positives. Laissons à Dieu une part de vos projets d’avenir. Ne soyons surtout pas des éteignoirs dans notre vie communautaire.3Chacune de nos Sœurs a des talents, que Dieu lui a confiés, aidons-nous pour que nous puissions les mettre à profit, sans critiques ni découragement. Au contraire, réjouissons-nous avec chacune pour les moindres réussites et efforts réalisés.
Je me permets aussi d’attirer votre attention sur quelques points pratiques de notre vie quotidienne, ordinaires mais très importants : l’emploi du téléphone portable, de la télévision et de tous les réseaux sociaux peut être un moyen de détente ou d’information, mais son usage doit rester mesuré. Elle ne doit en aucun cas perturber les temps communautaires, notamment les repas, les temps de prière ou les rencontres fraternelles.
Le silence est un trésor de notre vie spirituelle. Veillons à ce que l’usage de tous ces moyens ne troubles pas ce climat de recueillement et de paix.
N’hésitons pas à nous parler avec bienveillance si un ajustement est nécessaire. La communication ouverte et respectueuse est un pilier de notre vie ensemble.
Je vous remercie de tout cœur pour votre compréhension, votre délicatesse et votre fidélité à notre vocation commune.
Par ailleurs, l’Assemblée Provinciale qui vient est un temps de grâce. Un temps pour regarder notre réalité en vérité, sans peur. Non pour nous juger. Mais pour discerner ensemble comment être davantage artisanes de paix et d’espérance, aujourd’hui. Cela demande :
• Une prière personnelle fidèle,
• Une écoute vraie dans les communautés,
• Une parole humble et responsable.
La paix se construit ensemble. Jamais seules.
Chères Sœurs,
Aujourd’hui, le Seigneur ne nous demande pas d’abord de réussir.
Il nous demande d’oser la paix. D’oser croire que l’amour est plus fort que la haine.
Que le pardon ouvre des chemins. Que la fidélité quotidienne porte du fruit.
Accueillir Jésus aujourd’hui, c’est l’accueillir dans les petits de ce temps.
C’est dans la vie ordinaire que nous sommes appelées à vivre l’extraordinaire.
Alors, retournons à l’essentiel. À Bethléem. À la première charité. À la source.
Avançons ensemble, pas à pas, comme de vraies artisanes de paix et d’espérance. Et que Marie,
Mère de paix, nous accompagne sur ce chemin. Amen.
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